Une histoire de goût…

Agnès Poujol-Hardy, Fondatrice le Goût est dans le pré

Pour moi, tout a commencé par de bons produits. Il y a un souvenir qui m’accompagnera toute ma vie, c’est celui du goût des tomates que mon grand-père maternel cultivait avec amour dans son jardin et en particulier de celle qu’il me tendit un jour, tout juste après l’avoir cueillie. Elle était gorgée de soleil et exhalait un parfum incroyable. Mon grand- père, qui pourtant ne les aimait pas, produisait pour le plus grand plaisir de sa famille les plus merveilleuses tomates que j’ai jamais goûtées. Il entretenait également quelques ruches dont il extrayait un miel au chaud parfum de sa terre de Rieu-Sec. Plus tard, c’est lui qui m’initia à la dégustation du vin.

Les femmes ne furent pas en reste dans mon éducation au goût car je fus et suis encore entourée de fines cuisinières ! L’attention portée au choix des produits fut une composante importante de cette éducation.

Le goût est généreux, il continue de se développer tout au long de notre vie et certaines personnes nous font prendre des virages décisifs !

Il y eut d’abord Robert Linxe, fondateur de la célèbre Maison du Chocolat auprès duquel j’ai travaillé plusieurs années. J’ai appris avec lui la dégustation du chocolat comme d’autres apprennent la dégustation du vin. Ce fut une expérience marquante. Des années après, il me reste le plaisir de travailler avec des produits de bouche d’exception auprès d’une clientèle de gastronomes.

Il y a aussi mon ami Jacques Genin, « fondeur en chocolat » comme il se nomme lui-même, un artisan du goût magnifique, d’une exigence rare.

… et de pré !

Issue d’une famille d’agriculteurs et d’éleveurs implantés en région Midi-Pyrénées, je suis profondément attachée à la terre et à ceux qui la travaillent. Grâce à eux, je connais la saveur d’une pêche, d’un melon ou de raisin cueillis à parfaite maturité, la saveur du lait qui sort du pis de la vache et celle du foie gras et du confit de canard ou d’oie préparés selon des recettes ancestrales.

« Ecolo » avant l’heure, mon grand-père aux tomates réalisait son propre compost et me houspillait lorsque j’oubliais d’éteindre une lumière ou que je gaspillais de l’eau… comme il avait raison ! Il m’a appris à respecter la Terre !

Slow Food

Le goût, la terre, tout cela m’emmena à Slow Food bien sûr !

Au détour d’un voyage en Toscane, j’ai découvert que je pouvais partager les valeurs dont j’étais porteuse avec une large communauté de producteurs, de cuisiniers et de « co-producteurs » ou « consom’acteurs » regroupés au sein du mouvement associatif international Slow Food dont je suis depuis devenue adhérente et membre active.

Mon éducation au goût s’est poursuivie naturellement au travers des ateliers du goût encadrés par d’éminents spécialistes en analyse sensorielle et proposés par Slow Food dans le cadre de manifestations comme Eurogusto, le salon européen du goût qui s’est tenu pour la première fois à Tours en novembre 2009. Elle se poursuit encore et toujours également au travers des nombreuses dégustations organisées par les conviviums (antennes locales) auxquelles les adhérents de Slow Food peuvent participer très régulièrement.

Mon investissement dans Slow Food m’a permis par ailleurs d’identifier quelques faits marquants que je livre à votre réflexion :

L’agriculture intensive telle qu’elle est pratiquée depuis plusieurs décennies maintenant a provoqué et continue de provoquer des ravages à l’échelle de la planète. En effet, la conversion massive de la terre à des fins agricoles de 1945 à nos jours a entraîné ce que la F.A.O. (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) appelle une « véritable banqueroute écologique » dans son « Millenium Ecosystem Assessment », rapport sur l’évaluation des écosystèmes rendu en mars 2005 après quatre années de travail réalisé par 1360 experts.

A cet égard, certaines données en disent plus qu’un long discours. Ainsi, dans son ouvrage « Fatal Harvest, The tragedy of industrial agriculture », Andrew Kimbrell indique qu’aux Etats-Unis, 80,6 % des variétés de tomates ont disparu entre 1903 et 1983, qu’il en va de même pour 92,8 % des variétés de salades, 86,2 % des variétés de pommes et 90,8 % des variétés de maïs. Aux Etats-Unis, sur les 5 000 variétés de pommes de terre existantes, seules 4 se retrouvent dans la majorité des cultures commerciales, 2 types de petits-pois occupent 96 % des cultures et 6 types de maïs 71 % de la totalité.

Comme le souligne Carlo Petrini, Président de Slow Food International, dans son ouvrage « Bon, Propre et Juste », « la biodiversité diminue à vue d’œil, surtout l’agrodiversité, avec une réduction systématique des races animales et des variétés végétales lesquelles, pendant des siècles, avaient contribué à la subsistance de territoires entiers dans une entente homme/nature parfaitement durable. »

C’est dans ce double contexte d’un cheminement personnel, dont le goût et la terre sont respectivement le fil conducteur et l’ancrage, et d’une situation écologique alarmante qu’est né le Goût est dans le pré en 2010, à partir d’un désir et d’une idée : un désir d’abord, celui d’apporter ma pierre à la préservation de notre planète, « Terra Madre » comme disent si joliment nos voisins d’Italie ; une idée pleine d’optimisme ensuite, celle que nous puissions, ensemble, modifier le cours des choses par nos choix alimentaires…

Nous, c’est aussi tous ceux qui participent à cette belle aventure ou qui ont contribué à la rendre possible !

Je remercie du fond du cœur chacun d’entre eux :

Mes « petits producteurs »  d’abord ! Sans eux, le Goût est dans le pré n’existerait tout simplement pas ! Tous m’ont fait confiance alors que je n’avais rien à leur montrer. Je relate à la rubrique qui leur est consacrée leur travail et leur engagement, je vous invite à les y retrouver ! Certains, en particulier Patrick Ochs (Moulin des Terroirs de Saint-Laurent) et Emmanuel Jacquin (Foie Gras Jacquin) m’ont suivie depuis le tout début du projet et n’ont pas hésité à me faire profiter de leurs précieux conseils.

Mes amis, à commencer par Marie-Christine Julian Caro, témoin infatigable de chaque étape du projet ! Marie-Christine est par ailleurs experte en Supply Chain : l’organisation de l'approvisionnement, du stockage, des expéditions de le Goût est dans le pré, c’est elle !

Pierre-Emmanuel Bathie qui m’a encouragée sans relâche à sauter le pas de la création d’entreprise !

Florence Escaravage, fondatrice de Love-Intelligence.fr et Carole Hope, fondatrice de AvenueDesAnges.com pour leurs précieux conseils sur le web ; Stéphane Guerquin, fondateur de LaDealAgence pour une mémorable séance de créativité sur le nom du projet !

Mon développeur préféré, magicien du web, d’une patience d’ange, il a exaucé tous mes souhaits… ou presque ! Ce fut juste une question de temps !

Tous mes amis de Slow Food et en particulier : Gilbert Dalla Rosa et Henri Lapeyre de Slow Food Bizi Ona grâce à qui je suis en mesure de vous proposer des « pépites » du Béarn et du Pays Basque ; Lucia Penazzi Coordinatrice de Slow Food en France et Jean Lhéritier, ancien Président de Slow Food France, qui m'ont soutenue chaleureusement dans cette aventure !

Last but not least, ma famille qui m’a encouragée sur la voie de la création d’entreprise et me soutient, jour après jour.